Inauguration de la raffinerie d’or du Burkina Faso/Un complexe stratégique qui interpelle les leaders africains
Par Ablizangoh Wakatê/afriquematin.net
Le Burkina Faso franchit une étape historique dans la transformation locale de ce métal précieux. Un événement qui marque les esprits avec l’inauguration de sa raffinerie d’or nationale, une infrastructure présentée comme la première du genre dans cette région du Sahel.
Longtemps critiqué pour exporter son métal précieux à l’état brut-souvent vers des destinations lointaines, ce pays dit enclavé entend désormais transformer sur place sa richesse aurifère. Cette inauguration constitue un tournant symbolique et économique qui traduit une volonté politique claire, celle de reprendre le contrôle d’une filière stratégique, de capter davantage de valeur ajoutée et de faire de l’or un véritable levier de développement national.

L’or est l’un des premiers produits d’exportation du Burkina Faso et pendant des décennies, le métal quittait le pays sous forme de lingots impurs pour être raffiné à l’étranger, notamment en Suisse, aux Émirats arabes unis ou en Afrique du Sud.
Cette situation engendrait plusieurs conséquences consécutives dont la perte de valeur ajoutée, et la transformation finale, la plus lucrative, échappait au pays. Il a aussi la dépendance logistique, notamment le transport, l’assurance et les intermédiaires pesaient sur les marges, sans oublier l’opacité de la chaîne, parce que la traçabilité de l’or burkinabè restait limitée et enfin le manque de retombées locales.
Avec maintenant sa propre raffinerie, le pays ambitionne de corriger ces déséquilibres et de s’inscrire dans une logique de souveraineté minière. Cet ouvrage ne se limite pas à une simple unité de transformation, mais s’inscrit dans un écosystème industriel plus large, car l’objectif est de produire sur place de l’or de haute pureté, conforme aux standards internationaux et commercialisable directement sur les marchés mondiaux.
Cette raffinerie devrait permettre de mieux suivre l’origine de l’or, de lutter contre les circuits informels et de renforcer la conformité aux exigences internationales, en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Le projet génère des emplois directs et indirects, il crée aussi une école de compétences pour la jeunesse burkinabè. En devenant donc un pôle de raffinage, le Burkina Faso pourrait attirer l’or d’autres pays voisins, renforçant ainsi son rôle stratégique dans la sous-région.
L’inauguration de cette raffinerie d’or a valeur de démonstration politique, elle interpelle aussi de nombreux dirigeants africains sur plusieurs points qui sont la transformer sur place plutôt qu’exporter brut, la souveraineté sur les ressources naturelles et la coopération Sud-Sud. Le pays des Hommes intègres vient de franchir une étape décisive dans sa quête de souveraineté énergétique.